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PAULETTE Il est très difficile de parler de soi ... Mais après mûre réflexion, je pense que ma petite expérience de la vie peut servir aux plus jeunes qui se posent des questions sur leur devenir. En tout état de cause, je leur demande toute leur indulgence et surtout de ne pas croire un instant que j'en tire de la fierté. Je me présente donc : Je m'appelle Paulette, j'ai soixante-neuf ans (je suis née le 12 mai 1935 pour ceux qui croient en l'astrologie). Retraitée de la Fonction Publique depuis 8 ans où j'ai sévi comme agent du fisc, je coule des jours paisibles dans ce magnifique Pays Basque dans un petit nid que ma fille et moi avons construit avec amour. Rien de plus banal au fait ! Pourquoi puis-je servir d'exemple ? Je me dois d'apporter une précision qui a son importance. Le 12 mai 1935, soit quatre ans avant la seconde guerre mondiale, naissait une petite fille atteinte d'arthrogryptose des membres supérieurs avec luxation des épaules, des coudes, des poignets, les mains complètement fermées. En ce temps où la médecine était ce qu'elle était, le diagnostic fut très simpliste : paralysie des deltoïdes ... Ma première jeunesse s'est déroulée à Marseille sans trop d'encombres entre ma mère et mes soeurs, mon père, militaire de carrière, prisonnier de guerre en Poméranie. Après sa libération, la famille l'a suivi en Afrique jusqu'à la fin de la guerre. En 1946, la famille s'est installée à la Martinique dont mes parents étaient originaires. La petite gamine de 11 ans, en dépit de son infirmité, des privations de la guerre, des nombreux déplacements dus à la profession de son père, faisait son entrée en 6ème. Que dire de cette première partie de ma vie : j'ai compris très vite que je n'étais pas comme les autres. Néanmoins, je garde d'excellents souvenirs de mes camarades de classe qui n'ont jamais eu de mots déplacés ni de réflexions méchantes à mon égard. Il faut dire aussi que j''étais dotée d'une force peu commune ... j'étais plutôt bagarreuse et ma taille déjà en imposait. Vous êtes en droit de vous poser des questions sur l'évolution de mon infirmité. En ce temps là, il n'existait ni rééducation ni massage. Mes parents me faisaient faire de la gymnastique, m'étiraient les doigts dans des menottes en plâtre la nuit (de véritables instruments de torture), beaucoup de bains de mer où je bougeais plus facilement. J'appris à nager comme un poisson très rapidement. Je dois rendre hommage à mes parents qui ont toujours eu cette exigence à mon égard : " tu dois tout faire ; tu dois y arriver ". Si bien qu'au fil des ans, je progressais avec opiniâtreté. C'est ainsi que la couture, le tricot, le crochet, les tâches ménagères, le jardinage n'ont pas eu de secret pour moi. Je nourrissais pourtant dans ma tête un secret espoir. Un médecin avait dit devant moi un jour qu'une opération pourrait être tentée vers l'âge de douze ans. A cette époque de ma vie, une grande tristesse m'envahit voyant que mes parents n'en parlaient pas. Un beau jour, mes parents se décidèrent à m'amener chez un chirurgien qui avait une clinique à Fort-de-France. Fort heureusement, il conclut qu'il n'y avait rien à faire. Je le remercie pour son humilité. A partir de ce moment, j'ai su qu'il fallait que je fasse avec mon infirmité, que le seul moyen de m'en sortir c'était de travailler et de faire autant si ce n'est plus que les autres. Je pris donc une feuille de papier sur laquelle je fis autant de barres qu'il me restait d'années jusqu'au baccalauréat (en ce temps-là la 1ère et la 2ème parties). Ce fut une bien pénible période de ma vie. Les études secondaires ne me passionnaient pas ; l'environnement n'était pas idéal. Mes camarades, à part quelques rares exceptions, me considéraient comme un être à part ... A moins que moi-même je m'excluais sans m'en rendre compte. La chance m'a souri car j'ai respecté ma feuille de route sans encombre. Heureusement que je n'ai pas eu à redoubler une classe ! Je n'aurais pas persévéré ... A dix-huit ans, mon baccalauréat en poche, j'ai pu réaliser mon plus cher désir que j'avais gardé au fond de mon coeur : faire des études de droit pour être avocate. J'entrepris donc des études de droit. Ces années me parurent très courtes. J'étais passionnée par ce que je faisais et travaillais comme une forcenée. J'obtins donc brillamment ma licence et m'inscrivis comme stagiaire en vue d'obtenir le certificat d'aptitude à la profession d'avocat. Agée alors de vingt-et-un ans, j'étais une jeune fille très mûre, capable intellectuellement, professionnellement brillante, ayant vaincu ma timidité naturelle par mon opiniâtreté. Mais une fois sortie de mes chers bouquins de droit, j'étais fort triste, peu sûre de moi dans mes relations avec les autres et encore trop dépendante de ma mère qui n'avait pas su ou voulu diminuer son " assistance " en fonction de mon évolution ... Ma soeur cadette, à ce moment-là étudiante à Toulouse, réussit à convaincre mes parents de me laisser poursuivre mes études dans la même ville. C'est ainsi que je pus amorcer un grand tournant dans ma vie : tout en approfondissant mes connaissances, j'appris à vivre seule, à m'assumer et à prendre conscience de ma propre existence et de mon utilité dans la société. Je pris donc la décision de passer des concours de la Fonction Publique, le barreau étant peu accessible aux femmes à cette époque (1959). La même année je fus admise au concours national d'inspecteur-élève des Impôts (nombre de postes réservés aux femmes : 25). Comme tout lauréat, je fus convoquée pour une visite médicale préalable au recrutement. Le médecin de médecine générale m'adressa à un médecin neurologue pour une visite complémentaire. J'eus la chance de tomber sur un homme intelligent, ouvert. Après examen et une conversation d'une heure, il arriva à la conclusion suivante : " Vous êtes totalement apte ". Ce n'est que plus tard que j'ai apprécié cette chance. A cette époque, je ne doutais pas un instant qu'on puisse me refuser le droit d'entrer dans le monde du travail. En septembre 1962, quatre mois après les accords d'Evian mettant fin à la guerre d'Algérie (et aux affectations d'office des jeunes inspecteurs dans les djebels), je fus nommée dans l'Eure. Ma première prise de contact avec l'administration départementale fut rude. Reçue par un Directeur (le pire que j'aie cotoyé dans toute ma carrière), je me retrouvai à la fin de l'audience avec un virement de 6000 F pour m'acheter un véhicule indispensable à mes nouvelles fonctions (tournées dans une soixantaine de communes) et l'ordre d'obtenir mon permis de conduire dans les trois mois. Le délai imparti ne fut pas respecté car je n'obtins mon permis qu'au mois de mars suivant. C'est à cette occasion que je me rendis compte que j'avais l'épaule gauche bloquée, ce qui me faisait souffrir à en pleurer au début. Bref, la fonction créant l'organe, ces douleurs allèrent en s'apaisant et je conduis avec plaisir jusqu'à maintenant. 1959-1996 : ma vie administrative ! que dire de cette tranche de vie ? Avec le recul, je la juge globalement satisfaisante. J'ai aimé ce que je faisais en dépit des freins de toutes sortes inhérents à la Fonction Publique. Une chose est sûre : la vérité qui m'est apparue dès le plus jeune âge s'est toujours vérifiée : il m'a fallu tout le long de ma carrière administrative travailler plus que les autres afin de pouvoir m'imposer. Faut-il s'en plaindre ? Je ne le pense pas même si de temps à autres cela frisait l'injustice. Cet état des choses m'a permis de m'affirmer, de me rendre combative et d'assurer des responsabilités de chef de service. Une autre évidence : mon infirmité ne m'a jamais gênée dans ma vie administrative. A aucun moment il n'a été dit que je ne pouvais remplir une fonction. C'est souvent que je me pose cette question : pourquoi la société ne laisse-t-elle pas la chance aux jeunes atteints d'une malformation de faire leurs preuves comme les gens " dits normaux " plutôt que de les encarter dès la naissance avec des taux d'incapacité rédhibitoires qui les suivent toute leur vie et en font des assistés sous la férule de la Cotorep ? Trop d'assistance tue la volonté d'évoluer. Trop d'assistance accentue la différence et aboutit à l'injustice. Peut-être suis-je trop catégorique. C'est possible ; j'espère que vous me comprendrez et que, une fois entrés dans la vie active, vous vous unirez afin d'améliorer le sort qui nous est réservé. Ce souhait n'est pas du tout de nature à vous attrister. Bien au contraire ; il constitue un message d'espoir. A vous, les jeunes, de défendre notre cause auprès des autorités politiques et administratives qui ont déjà bien du mal à arbitrer les problèmes entre gens " normaux " ! Je vous embrasse tous et vous crie " au travail, courage, vous avez droit à une place dans la société !".
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Annie, née en 1942
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